Sordide balade au Cap

Non classé le 29 mars 2011 0 commentaire

Le Cap, « sa lenteur languide et sa dévotion au culte du soleil, ses dégustations de vins et la divinisation de sa beauté naturelle… On aurait dit une femme complètement obsédée par son apparence ».

Pour son premier polar, Roger Smith nous entraine dans les dédales poussiéreux et moites de cette ville tourmentée, où le superficiel côtoie la misère des Cape Flats, ces bidonvilles qui s’étendent à perte de vue. Un roman noir, pour sûr, sordide et saignant. A découvrir dans la nouvelle collection « Robert Pépin présente… », chez Calmann-Lévy.

Jack Burn, un ancien marine en fuite après un hold-up, séjourne avec sa famille dans une villa luxueuse de Signal Hill, quartier blanc huppé du Cap. Un soir, deux gangsters s’invitent pendant le dîner et les agressent. Jack les tue et se débarrasse des corps.

De l’autre côté de la rue, le veilleur de nuit, Benny Mongrel, a presque tout vu de la scène. D’un seul œil. L’autre, il l’a perdu à dix-huit ans, lorsqu’un membre d’un gang rival lui a asséné un coup de hache qui lui a enfoncé le visage du sourcil au menton. Après avoir passé plus de la moitié de sa vie en prison, il tente de mener une existence normale. Dur, lorsque chaque sentiment d’injustice déclenche chez vous des pulsions meurtrières.

Pour mener l’enquête, l’immonde « Gatsby », un policier Boer obèse, puant, raciste et fanatique qui sème la terreur dans les Cape Flats. Il magouille et profite des trafics en tout genre. Et tant pis s’il faut buter à la chaîne des putes, des dealers et des junkie pour arriver à ses fins.

Dans Mélanges de sangs, Roger Smith met en scène des personnages saisissants. C’est comme si le gros flic était là, tout près, dans la pièce. On lirait presque le livre d’une main, en se pinçant le nez de l’autre et en respirant par la bouche.

De l’effervescence nauséabonde du Cap s’extirpe une intrigue aussi surprenante que glauque et sanglante. Un hymne à l’amour et à la haine d’une ville et d’une société où se confrontent les réussites et les échecs, les richesses et les pauvretés, que l’auteur dépeint façon Ken Loach, avec la violence de l’authenticité.

Franck Berteau

Mélanges de sangs, Roger Smith, trad. Mireille Vignol, éditions Calmann-Levy, collection « Robert Pépin présente… », 308 p.

 

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