Ma série fait de la politique

Autopsie, Vidéosurveillance le 18 avril 2012 3 commentaires

A l’occasion du lancement du festival Séries Mania au Forum des Images lundi 16 avril, une table ronde était organisée autour du thème de la politique dans les séries télévisées. Résumé des débats…

« Une série télé peut-elle être politique ? » Vous avez deux heures… En cette période fébrile d’élections, la politique a investi les petits écrans. Jusqu’à en devenir presque une tendance. Il n’y a qu’à voir Borgen, la série danoise diffusée sur Arte. Elle raconte la conquête du pouvoir par une femme, Birgitte Nyborg, chef du Parti centriste au caractère bien trempé. C’est un véritable succès : un danois sur quatre est fan. En France, la première saison a rassemblé en moyenne 653 000 téléspectateurs, soit une part de marché de 2,4% (la moyenne d’Arte étant de 1,7%). « L’actualité politique influence le choix des trames de fond. 2012 est l’année des élections, non seulement en France mais aussi aux Etats-Unis, en Russie, un peu partout dans le monde, rappelle Manuel Raynaud, cofondateur du site internet Spin-Off. C’est pourquoi la chaîne américaine HBO a commandé cette année plusieurs séries politiques, comme Veep. USA Networks a également créé Political Animals ».

« En France, on a longtemps cru que la politique ne devait pas être un sujet de série télé », affirme Amandine Prie, coauteur du blog Des séries et des hommes. Pour preuve, L’État de grâce, diffusée en 2006 sur France 2 a été un four. La comédie racontait la place des femmes en politique et leurs rapports avec les hommes, à travers le portrait de la première femme présidente de la République en France. « L’échec de la série a prédit celui de Ségolène Royal », plaisante Olivier Joyard, journaliste aux Inrockuptibles. Comme « ancêtre » de la série politique, citons encore L’École du pouvoir, l’histoire de la promo Voltaire de l’ENA qui a réuni sur les mêmes bancs François Hollande, Ségolène Royal, Dominique de Villepin et Michel Sapin, ou Rastignac et les ambitieux, librement inspirée de Balzac.

Pour éviter le fiasco, quel est le secret d’une série politique de qualité ? « Elle ne doit pas être forcément réaliste, mais bien documentée, répond Amandine Prie. Sans prendre parti, le regard que porte la série sur le jeu politique est fondamental. » « Pour moi, la plus grande série politique estThe West Wing [À la Maison-Blanche], s’enthousiasme Olivier Joyard. Elle n’est pas partisane mais a imaginé un président démocrate dans le bureau ovale, en plein milieu des années Bush ».

Retour en France et aux Hommes de l’ombre, diffusée en janvier dernier. Cette série avec Nathalie Baye et Grégory Fitoussi met en scène un combat fratricide entre deux conseillers en communication dans les coulisses d’une campagne présidentielle sous haute tension. Toute ressemblance avec une situation réelle serait bien loin d’être fortuite. « Les Hommes de l’ombre, c’est l’art de traiter de politique sans en parler, sourit Manuel Raynaud. La série ne s’intéresse qu’aux mécanismes, pas à l’idéologie. La série préfigure la campagne électorale française : on ne parle de rien ! » On y découvre en effet ce que les anglophones nomment les « spin-doctors », experts en communication, qui façonnent le candidat.

À l’inverse, une série non politique peut devenir véritablement politisée. Exemple : Friday Night Lights, qui traite d’un championnat de football américain au Texas. « C’est l’Amérique profonde que le réalisateur scénarise, les électeurs de Bush. C’est une série sur le peuple », affirme Delphine Rivet, journaliste du site Reviewer. De même qu’Olivier Joyard décèle une intention politique dans la très célèbre série Urgences, a priori pas politisée. « Elle expose les failles de l’hôpital public américain, la problématique de l’accès à la santé aux Etats-Unis ». La politique se glisse dans les séries télévisées les plus inattendues, et le message fait mouche. Olivier Joyard résume : « Ne pas parler uniquement de politique, c’est en parler mieux ».

Caroline Albenois

Festival Séries Mania, jusqu’au 22 avril. Programme complet sur le site du Forum des images.

Retrouvez notre dossier consacré aux séries dans le numéro 6 d’Alibi (“L’assassin se cache dans le poste”), en vente depuis le 4 avril en librairie.

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3 réponses à “Ma série fait de la politique”

  1. k3c dit :

    Un typo, c’est Veep, pas VIP la série

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Veep

  2. [...] Ma série fait de la politique et Des fictions trop intellos Partagez Aucune réponse à “Dominic West, acteur protéiforme” [...]

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