Jo Nesbo : « le monde est gris »

Non classé le 14 février 2011 2 commentaires

L’inspecteur Harry Hole, le héros de l’auteur norvégien Jo Nesbo, a fait son retour début février dans les bacs des libraires. Profitant de la présence à Paris de l’auteur, Alibi a envoyé un membre de son gang à la rencontre de cet écrivain bourlingueur.

Après huit romans, votre personnage fétiche, l’inspecteur Harry Hole, a perdu son argent, sa femme, son doigt, une partie de son visage et sa dignité. Pourquoi êtes-vous si cruel avec lui ?

Le but de la vie d’Harry est l’autodestruction. Son âme est tourmentée et sa conviction profonde est que le monde serait meilleur sans lui. Néanmoins, être policier est sa raison de vivre et il sait qu’il est bon dans ce qu’il fait. C’est pourquoi il ne se détruit pas complètement : son job mérite d’être vécu. Pour le bien des autres. D’ailleurs, on me demande souvent pourquoi je le martyrise mais jamais pourquoi Harry est policier…

Pour que vous puissiez écrire des thrillers, non ? Mais au-delà de ça, un héros aussi désenchanté est il pour vous primordial à l’écriture d’une bonne histoire ?

Harry est en conflit perpétuel avec tout le monde, en fait en conflit avec le genre humain. Il en devient ambivalent car parfois plus proche des criminels qu’il traque que des personnes qui l’entourent et qui sont censées représenter « le bien ». Mais si lui qui n’est ni tout noir ni tout blanc survit dans ce monde, c’est que le monde lui-même est gris. Un thriller, c’est une succession d’événements qui induit des comportements ou des réactions extrêmes. C’est un excellent moyen d’aller explorer l’âme des gens, de dévoiler des personnalités complexes cachées derrière des faux-semblants.

La structure de votre dernier roman, Le Léopard, se rapproche de celle d’un film de James Bond. Un pré-générique, une enquête classique et une conclusion en forme de face à face entre le « bon » et le « méchant », avec une femme entre les deux…

Oui, je suis plutôt d’accord. A une différence majeure près : dans les deux cas, on introduit les personnages principaux. Mais si dans le film on met en image l’omnipotence de James Bond, dans mon roman, c’est le criminel qui apparait le premier. D’ailleurs, plus que le criminel, c’est le meurtre qui est mis en avant.

L’histoire oscille entre Hong-Kong, Oslo et le Congo. Vouliez-vous délibérément sortir du polar traditionnel et vous pencher un peu vers le roman d’aventure ?

Pas vraiment. Mais il faut savoir qu’Oslo reste une petite ville et je ne peux pas y situer toutes les scènes. Le cœur de l’histoire devait en être éloigné. Et puis la société norvégienne est assez refermée sur elle-même. Faire voyager les personnages, ça permet de varier les situations tout autant que confronter la mentalité norvégienne à « l’Ailleurs ».

Harry Hole voyage dans chacun de vos romans. Et vous-même ? Allez-vous dans chacun des lieux évoqués pour donner de la véracité au récit ?

Je peux affirmer que j’ai été dans 99% des pays traversés par Harry. Mais c’est plutôt lui qui me suit. Le premier roman, l’Homme chauve-souris, avait un côté autobiographique dans le sens ou j’ai fait découvrir à Harry tout ce que moi-même j’avais pu voir en Australie. Par la suite, j’ai plutôt l’impression que Harry marche sur mes traces, Lorsque je découvre un lieu, rapidement j’y vois évoluer mon héros, des images et des idées me viennent.

Votre éditeur mentionne dans la présentation du Léopard que vous avez effacé tout ce que vous aviez écrit pour tout recommencer. Qu’est-ce qui vous ne plaisait pas dans la version initiale ?

C’est difficile à dire, c’est un ensemble de choses et je ne veux pas dire « j’ai supprimé ceci, j’ai conservé cela. » Ecrire un roman, c’est se lever chaque matin avec toujours en tête l’idée que l’on est en train d’écrire la meilleure histoire du monde. Quand ce n’est pas le cas, on perd de la motivation,  de la créativité. Puis on s’enferme dans un souci d’amélioration du détail qui ne sera jamais satisfaisant. Finalement, détruire complètement la version première du roman fut une réelle délivrance.

Propos recueillis par Sylvain Kahn

Le Léopard, de Jo Nesbo, éd. Série Noire

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2 réponses à “Jo Nesbo : « le monde est gris »”

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by Rom1, Eric Nahon and Bertrand GRAVETHE, Alibi . Alibi said: Entretien avec l'auteur norvégien Jo Nesbo : "le monde est gris" http://bit.ly/g9UsX5 [...]

  2. Harari dit :

    ça donne envie de le lire! et vite!

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