Opium du peuple, élevé au rang de religion dans certains coins du globe, le football a depuis longtemps dépassé le cadre du jeu. Comme toutes les passions, elle se vit amoureuse, souvent folle, parfois meurtrière. Disséquant le règlement, s’appropriant chacune des 17 lois qui régissent le football moderne, 17 auteurs s’essayent à la nouvelle. Tant bien que mal. Car il faut bien le dire, au coup de sifflet final, le lecteur rentre au vestiaire sur un sentiment partagé. Là, baigné des odeurs de camphre et de sueur, il voit l’excellent joueur partager son banc avec ses coéquipiers au style plus emprunté.
À leur décharge, suivre en fil rouge le règlement de la FIFA n’est pas le plus simple des exercices littéraires. Gageons néanmoins que tous – ou presque – ont su rester dans le réel, sans céder à la tentation de noircir exagérément le tableau du football professionnel. Alors bien sûr, il est question de magouilles, mais on ne retrouve pas le cliché du président de club mafieux sur 170 pages. Dans Les Hommes en noir, ce qui est dépeint, c’est le foot-merguez. Celui qui, chaque dimanche, cramponne des millions d’aficionados devant de leur télé ou autour d’un carré de gazon boueux.
Polar oblige, il est beaucoup question d’attentats au tacle glissé, de contacts virils rarement corrects, de tirages de maillots dans la surface et de rotules qui pètent. Au gré des histoires, on pénètre dans l’univers impitoyable des as du sifflet qui, seuls au monde et bien souvent contre tous, s’acharnent à faire régner l’ordre, respecter l’autorité et “préserver l’intégrité physique des 22 acteurs.“ Tout ça sans avoir le droit de se planter, quand bien même l’un de ces fameux acteurs se révélerait un virtuose de la Comedia dell’Arte.
Au rayon « top buts », Thierry Gatinet signe une volée magistrale sur les péripéties d’Elia, désigné par la FIFA pour arbitrer la finale de la coupe du Monde. Et une perle de Thierry Crifo, qui jongle avec la huitième loi pour s’attaquer au tabou tenace de l’homosexualité dans le foot.
Mathieu Palain
Les Hommes en noir, recueil de nouvelles arbitrées par Frédéric Prilleux, Les Contrebandiers Editeurs, 174 p., 15 €.
[...] This post was mentioned on Twitter by Bertrand GRAVETHE, Alibi . Alibi said: Quel rapport entre des arbitres de foot et un requin dans une piscine ? Aucun, quoique… http://bit.ly/h0ySyA et http://bit.ly/ew0z23 [...]