Des fictions trop intellos

Garde à vue, Vidéosurveillance le 29 avril 2012 1 commentaire

Oubliez un temps la campagne électorale… Avec Alibi numéro 6 (en vente depuis le 4 avril) et après le succès du Festival Séries Mania, causons un peu petit écran . Nous avons voulu en savoir plus sur les séries noires, nos préférées… Rencontre avec Pierre Sérisier, auteur du blog Le Monde des séries.

 

Pourquoi les séries policières ont-elles autant la cote ?

Les téléspectateurs ont besoin de se représenter la transgression. À moins d’en être victime, nous ne voyons pas la délinquance dans la vie quotidienne. Il y a une sorte de voyeurisme face à l’infraction, le mal incite toujours à la curiosité. Les séries noires ont aussi un côté rassurant, elles informent du travail de la police.

 

Columbo, Les Experts… Peut-on placer toutes les séries noires sur le même plan ?

Non, bien sûr. Elles exploitent le crime différemment. Columbo, par exemple, est le premier anti-héros policier. Sa voiture est cassée, il est mal habillé, il ne se sert jamais de son arme. Alors que beaucoup d’autres séries sont violentes. Les Experts a marqué un tournant en explorant le côté scientifique du crime. La science est mise pour la première fois au service de la démocratie et de la justice, pour évacuer le doute et dégager des éléments de preuve. Alors que l’inspecteur Columbo, par exemple, fonctionnait à l’instinct. Il existe aussi dans Les Experts une fascination pour le corps, sa déconstruction. On a besoin de savoir ce qui s’y passe à l’intérieur. Aucune série télé auparavant n’était allée aussi loin.

 

 

Avant Braquo, Engrenages ou Mafiosa, pourquoi les séries policières françaises ne rencontraient-elles pas de succès ?

En France, c’est un genre que nous avons du mal à maîtriser, en raison de notre passé littéraire. Avec Arsène Lupin ou le commissaire Maigret, nos fictions sont trop « intellectualisantes ». La police que les Français mettent en scène dans les fictions est idéalisée. Subsiste une révérence à l’égard de l’autorité judiciaire et policière.

 

Qu’ont les Américains et les Britanniques de plus que les Français dans ce domaine ?

Ils baignent dans une tradition littéraire policière depuis des siècles. Ils ont été élevés aux polars de qualité. Pour créer une bonne série noire, il faut avoir cette culture-là. Ce n’est pas un hasard si Virginie Brac, scénariste d’Engrenages, pour moi la meilleure série policière française, est aussi une auteure de polars. De même, c’est Pierre Leccia, très sériephile, qui est aux manettes de la saison 4 de Mafiosa. Il l’a tournée “à l’américaine : multiplication du nombre de plans, caméra à l’épaule, etc. L’atmosphère devient tout de suite plus dynamique et restitue la tension policière.

Propos recueillis par Caroline Albenois

 

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1 réponse à “Des fictions trop intellos”

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