Carceropolis, la prison autrement

Garde à vue le 25 avril 2012 0 commentaire

« Ouvrir les yeux sur la prison », c’est ce que propose le site internet Carceropolis, ouvert depuis le 18 avril. Cette plateforme multimédia regroupe des infographies, des vidéos, des photos, des sons, ou encore des webdocumentaires, autour de l’univers carcéral. Passez donc derrière les barreaux…

 

« On connaît peu la prison, constate Julien Villalard, l’un des initiateurs de ce projet. On ne sait pas ce qui s’y passe, on ne remet pas en cause le principe de l’enfermement. Nous souhaitons, avec ce site, donner des éléments au public pour qu’il puisse s’emparer de la question ». Des éléments très parlants, comme le nombre de suicides en prison en 2010 : 109. Ou la carte de France de la surpopulation carcérale : la maison d’arrêt de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor), a une densité de 200%, celle de Béthune (Pas-de-Calais) de 234%.

Une douzaine de thèmes est explorée : « Détenus mineurs », « Intimité et spiritualité », « Sports », « Formation » ou encore « Vie quotidienne des détenus ». Dans la catégorie « santé », la vidéo « Prison, hors la loi » présente le témoignage d’une femme de détenu atteint du sida qui manque de soins. Le chanteur Julien Clerc apparaît ensuite pour faire la lecture de l’article 720 du code de procédure pénale : « La suspension peut être ordonnée, quelle que soit la nature de la peine ou la durée de la peine restant à subir, et pour une durée qui n’a pas à être déterminée, pour les condamnés dont il est établi qu’ils sont atteints d’une pathologie engageant le pronostic vital ou que leur état de santé est durablement incompatible avec le maintien en détention ». Interviennent sur le même thème Sylvie Testud, Patrick Poivre d’Arvor, Bruno Solo ou encore Bernard Kouchner. Le site propose également le webdocumentaire « Le corps incarcéré », et deux superbes reportages photographiques.

Dans l’onglet « Plan de prison » en haut à droite, une voix off décrit les différentes zones d’une prison fictive. Il suffit d’y glisser sa souris. Morceau choisi : « L’isolement est destiné à mettre le détenu hors d’état de nuire ou bien à le protéger de ses co-détenus. Ce placement peut se faire à la demande du détenu ou sur décision de l’administration pénitentiaire et sa durée n’est pas limitée. L’isolement se caractérise par la suppression de tout contact avec les autres détenus ».

Le projet Carceropolis est né à Arles, en 2010, lors d’une exposition organisée par le Contrôleur général des prisons Jean-Marie Delarue. Les photographies montraient les difficiles conditions de vie des détenus. C’est un choc pour Julien Villalard. Le développeur de sites internet précise : « Je n’avais rien à voir avec l’univers carcéral ». Mais l’envie d’alimenter le débat public avec cette problématique est née. Les associations, photographes, réalisateurs et artistes répondent à l’appel et cèdent bénévolement les droits d’auteur. Car le projet n’a décroché aucune subvention. « Les auteurs sont tous sensibilisés à la question parce qu’ils ont tous mis un pied en prison ».

Même si Carceropolis soulève plutôt les failles de l’administration pénitentiaire, Julien Villalard veut rester neutre. Mais l’ouverture de ce site à quelques jours de l’élection présidentielle est-elle un hasard ? « Bien sûr, il y a quelque chose de politique dans notre démarche, reconnaît-il. La prison, ça débouche sur quoi ? Nous voulons que les politiques soient éclairés là-dessus. »

Caroline Albenois

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